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Les
peines applicables au Canada
Me
Walid Hijazi, avocat criminaliste au sein de la firme
Desrosiers, Turcotte, Joncas, Massicotte à Montréal.
L'auteur remercie chaleureusement l'auteur original, Martin
Vauclair, juge à la Cour du Québec
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Le présent texte
est inspiré du livre de Pierre Béliveau et Martin
Vauclair, Traité général de preuve et de procédure
pénales, Montréal: Les éditions Thémis.
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- Introduction
- L'absolution
inconditionnelle ou conditionnelle
- L'ordonnance
de probation
- L'emprisonnement
avec sursis
- L'amende
- La
suramende compensatoire
- Le
dédommagement
- L'emprisonnement
- L'emprisonnement
en discontinu
- L'emprisonnement
à perpétuité
- L'emprisonnement
à durée indéterminée
- Conclusion
Introduction
Les peines applicables au Canada sont prévues au
Code criminel. Nous vous offrons ci-après une brève
description de chacune. Retenez toutefois que la loi associe
les peines disponibles aux infractions. Il est possible
que pour une infraction donnée, une des peines énumérées
ne soit pas disponible. Chaque cas doit être évalué
au mérite et selon la loi. .
L'absolution
inconditionnelle ou conditionnelle
L'absolution, autrefois désignée par le terme " libération
", est la moins sévère des peines et, dans bien des cas,
le meilleur dénouement d'un procès après l'acquittement
pur et simple.
L'absolution signifie qu'en dépit du verdict de culpabilité,
aucune condamnation n'est enregistrée. Dans le cas d'une
absolution conditionnelle, souvent à une ordonnance de probation,
si le contrevenant est trouvé coupable d'une nouvelle infraction
commise pendant la période de probation, le juge pourra
annuler l'absolution et infliger au contrevenant une peine
pour l'infraction originale en plus de toute autre peine.
Généralement, une telle ordonnance est prononcée lorsque
les circonstances de l'infraction présentent peu de gravité
alors que les conséquences d'une condamnation pourraient
s'avérer très sérieuses, mais les tribunaux supérieurs ont
maintes fois répétés qu'il ne s'agissait pas d'une mesure
exceptionnelle.
L'ordonnance de probation
L'ordonnance de probation est un engagement écrit par
lequel l'accusé promet de respecter la loi et les conditions
édictées par le juge.
Elle est imposée compte tenu de l'âge et du caractère de
l'accusé, de la nature de l'infraction et des circonstances
de l'affaire. L'ordonnance de probation peut être imposée
dans le cadre d'un sursis de sentence, en plus d'une peine
d'emprisonnement de deux ans ou moins, en plus d'une amende
ou même avec une absolution.
L'ordonnance de probation entrera en vigueur à des
moments différents selon qu'elle accompagne ou suit
d'autres peines, mais elle débute généralement
à compter de la date à laquelle elle est rendue.
Sa durée régulière maximale est de
trois (3) ans. Si l'ordonnance est imposée en plus
d'une peine d'emprisonnement ou si elle suit une peine d'emprisonnement
pour une autre infraction, elle débutera à
la fin de la période d'emprisonnement. Cela correspond,
à la sortie de prison ou, si le délinquant
est libéré sous conditions, à la fin
de sa période d'emprisonnement ou de la période
de sursis. .
Elle comporte des conditions obligatoires et des conditions
facultatives. Les premières, au nombre de trois, sont les
suivantes :
| 1- |
ne pas troubler l'ordre public et maintenir
une bonne conduite; |
| 2- |
comparaître devant la cour lorsque convoqué
et; |
| 3- |
prévenir le tribunal ou l'agent de probation
de tout changement d'adresse ou de nom, de même que
les aviser rapidement de tout changement d'occupation. |
Les deuxièmes sont nombreuses et elles peuvent se
greffer à l'ordonnance selon ce que décidera le tribunal.
Le juge pourra imposer : |
| 1- |
une surveillance par un agent de probation |
| 2- |
un dédommagement à la victime, |
| 3- |
une interdiction de quitter le ressort
du tribunal sans permission |
| 4- |
l'interdiction de posséder une arme, |
| 5- |
l'interdiction de consommer des substances
intoxiquantes, |
| 6- |
d'exécuter un maximum de 240 heures
de travaux communautaires
- i.e. du bénévolat dans la communauté, |
| 7- |
l'obligation de prendre soin des personnes
à sa charge, |
| 8- |
etc. |
Les conditions facultatives pourront être modifiées à tout
moment si des changements dans la situation le justifient.
L'accusé qui respecte, pendant le délai prévu, les conditions
qui lui ont été imposées, n'est pas ramené devant la cour,
alors que celui qui ne respecte pas son engagement est coupable
d'une infraction distincte.
Dans ce cas le tribunal peut prendre deux mesures. Il peut
changer l'ordonnance existante en la prolongeant pour une
période d'au plus un an ou en modifier les conditions facultatives,
ou il peut simplement révoquer la probation et imposer la
peine qui aurait pu l'être au moment ou la probation a été
prononcée.
L'emprisonnement
avec sursis
Lorsqu'une peine d'emprisonnement de moins de deux
ans est prononcée contre un délinquant pour une infraction
criminelle pour laquelle la loi ne prévoit aucune peine
minimale, le tribunal peut lui permettre de purger sa peine
dans la collectivité, sous surveillance, s'il est convaincu
que cela n'est pas contraire à la sécurité publique.
Tout comme dans le cas de l'ordonnance de probation la condamnation
à l'emprisonnement avec sursis comporte un certain nombre
de conditions obligatoires et facultatives. Ce qui distingue
l'emprisonnement avec sursis de la probation réside essentiellement
dans l'élément de surveillance qui accompagne obligatoirement
le sursis, de même que dans les conséquences d'un manquement.
Pour le reste, les deux mesures sont jumelles.
Le juge est donc tenu d'accompagner le sursis des cinq (5)
conditions suivantes :
| 1- |
le délinquant ne doit pas troubler l'ordre
public et doit maintenir une bonne conduite; |
| 2- |
il doit comparaître devant la cour lorsque
convoqué; |
| 3- |
il doit se présenter à l'agent de surveillance; |
| 4- |
il doit rester dans le ressort du tribunal
sauf avec une permission et; |
| 5- |
il doit prévenir de tout changement
d'adresse ou de nom, de même que les aviser rapidement
de tout changement d'occupation. |
Plusieurs conditions facultatives peuvent se greffer
au sursis, selon ce que décidera le tribunal, soit
l'obligation :
|
| 1- |
de s'abstenir de consommer des substances
intoxiquantes; |
| 2- |
de ne pas posséder une arme; |
| 3- |
d'accomplir un maximum de 240 heures
de travaux communautaires |
| 4- |
de prendre soin des personnes à sa charge
et de subvenir à leurs besoins ou toutes autres conditions.
Elles peuvent être modifiées à tout moment sur demande
lorsque les circonstances le justifient. |
Si un manquement survient, le juge possède les
pouvoirs de faire amener le délinquant devant lui.
Si le tribunal conclut au manquement, il peut :
|
| 1- |
ne pas agir; |
| 2- |
modifier les conditions facultatives; |
| 3- |
suspendre l'ordonnance et ordonner que
le délinquant purge une partie du reliquat de sa peine
en prison et que l'ordonnance s'applique à sa sortie
avec ou sans modification; ou enfin |
| 4- |
mettre fin à l'ordonnance de sursis
et ordonner l'incarcération jusqu'à la fin de la peine
d'emprisonnement. |
L 'amende
Dans le cas des personnes morales -les compagnies-,
le Code criminel prévoit une amende de 1$ à 25 000$ ou un
montant illimité selon les circonstances.
Dans le cas des individus, le montant maximal de l'amende
est de 1$ à 2 000 $ ou à la discrétion du juge selon les
cas. Dans tous les cas, le juge devra s'assurer que le délinquant
a la capacité de payer son amende ou qu'il aurait la possibilité
d'effectuer des travaux compensatoires.
Le juge devra énoncer clairement le montant, les modalités
de paiement, l'échéance des versements et celle du paiement
final, de même que toutes les autres conditions se rattachant
au paiement.
Le délinquant en défaut de paiement est condamné à une peine
d'emprisonnement dont la durée est obtenue par un calcul
prévu au Code criminel.
Outre l'emprisonnement, le législateur a créé
d'autres moyens pour récupérer les amendes impayées. Les
" travaux compensatoires " en sont un. L'amende peut aussi
être " transformée " en jugement civil contre le délinquant,
de sorte qu'il sera possible de recourir aux mécanismes
civils (saisie, vente en justice, etc.). Enfin, il sera
possible que des permis -permis de conduire ou autres- ne
soient pas renouvelés tant que le défaut n'est pas corrigé.
Avant d'imposer la période d'emprisonnement, le juge devra,
d'une part, constater que le délai accordé pour le paiement
intégral de l'amende est expiré et, d'autre part, être convaincu
que ces deux derniers moyens (saisie civile ou non renouvellement
de permis) ne sont pas justifiés dans les circonstances
ou que le délinquant a simplement refusé d'acquitter l'amende
ou d'effectuer des travaux compensatoires.
En tout temps, et même une fois incarcéré, le délinquant
qui paiera une partie de l'amende, augmentée des frais,
bénéficiera, à l'égard de la peine totale, d'une réduction
du nombre de jours d'emprisonnement proportionnelle à ce
que représente le montant qu'il a payé par rapport au montant
total de l'amende.
La suramende compensatoire
Il s'agit d'un montant d'argent qui accompagne tout
type de peine et qui est déterminé par le moins élevé des
montants suivants : soit 15% de l'amende infligée ou à défaut,
50 $ dans le cas d'une infraction sommaire et 100 $ dans
le cas d'un acte criminel. Le tribunal peut majorer ce montant
s'il estime que l'accusé a la capacité de payer.
Dans tous les cas, le juge doit s'assurer que le délinquant
a la capacité de payer la suramende compensatoire. Le délinquant
lui-même peut faire valoir que ce montant additionnel lui
causerait un préjudice et le juge peut alors l'exempter.
Les montants récupérés par la suramende sont versés dans
un fonds d'aide aux victimes d'actes criminels.
Le juge doit s'assurer que le délinquant a la capacité de
payer la suramende compensatoire. Le délinquant lui-même
peut faire valoir que ce montant additionnel lui causerait
un préjudice et le juge peut ne pas infliger de suramende
compensatoire. Les montants récupérés par la suramende sont
versés dans un fonds d'aide aux victimes d'actes criminels.
Le dédommagement
Lorsqu'un préjudice résulte de la perpétration d'une
infraction criminelle, de l'arrestation du délinquant ou
des efforts déployés pour le mettre sous arrêt, une ordonnance
de dédommagement pourra être rendue contre le délinquant
en sus de toute autre mesure sentencielle. Que ce tort se
traduise par une perte matérielle ou une blessure corporelle,
le Code cherche à dédommager.
Notons que le juge peut de lui-même prononcer cette ordonnance,
bien que la personne qui a subi les dommages puisse le faire
personnellement ou par l'intermédiaire du procureur de la
couronne. Une exigence incontournable demeure, à savoir
que le dommage subi soit facilement quantifiable.
Aussi, les dommages-intérêts octroyés ne pourront être supérieurs
à la valeur de remplacement du bien. Dans le cas de blessures
corporelles, les dommages-intérêts octroyés ne peuvent être
supérieurs à la valeur des dommages pécuniaires imputables
aux blessures, notamment la perte de revenus.
Le Code prévoit aussi le cas des tiers de bonne foi qui
ont acheté des biens obtenus criminellement ou qui les ont
obtenus en garantie du délinquant. Lorsque lesdits biens
sont remis à leurs propriétaires légitimes, le tribunal
peut ordonner le dédommagement des tiers jusqu'à concurrence
de la contrepartie versée.
L'emprisonnement
Les textes d'incrimination prévoient généralement une
peine maximale d'emprisonnement plutôt élevée, laissant
en pratique une discrétion quasi totale au juge. En réalité,
il impose très rarement le maximum de la peine prévue puisqu'il
est maintenant établi que les peines maximales doivent être
réservées aux cas les plus graves. Les peines maximales
prévues au Code criminel sont de 6 mois, 18 mois, 2 ans,
5 ans, 10 ans, 14 ans ou l'emprisonnement à perpétuité.
Lorsque la peine d'incarcération supérieure à deux ans,
le délinquant est incarcéré dans un établissement administré
par le gouvernement fédéral : le pénitencier. Dans le cas
contraire, il purgera sa peine dans un établissement administré
par le gouvernement provincial : la prison.
L'emprisonnement
en discontinu
Une période d'emprisonnement n'excédant pas 90 jours
peut se purger de manière discontinue. Suivant cette modalité,
le contrevenant est détenu aux moments prévus dans une ordonnance
de probation à laquelle il doit se conformer lorsqu'il n'est
pas détenu. Comme pour l'ordonnance de probation, le juge
peut infliger ce type de peine d'emprisonnement compte tenu
de l'âge et du caractère de l'accusé, de la nature de l'infraction,
des circonstances de l'affaire et, en plus, de la disponibilité
d'un établissement adéquat pour purger la peine. En pratique,
une telle peine est imposée sous forme d'emprisonnement
de fin de semaine et souvent lorsqu'un délinquant primaire
a par ailleurs un emploi.
L'emprisonnement
à perpétuité
En matière de trahison, de meurtre au premier degré
ou de récidive en matière de meurtre, l'accomplissement
d'au moins 25 ans de la peine sera nécessaire avant de pouvoir
bénéficier d'une libération conditionnelle. Dans le cas
d'une condamnation pour meurtre au deuxième degré, le minimum
obligatoire sera de 10 ans, délai que le juge pourra porter
à 25 ans. Il est généralement impossible à cette personne
d'être libérée avant le minimum prévu sauf dans les trois
années précédentes, où certaines permissions peuvent être
octroyées. Même libérées, ces personnes
demeurent sous le contrôle de la Commission des libérations
conditionnelles jusqu'à la fin de leur vie.
Un mécanisme de révision après 15 années de détention est
prévu au Code. Ce processus en deux étapes prévoit, dans
un premier temps, le dépôt d'une demande qui est évaluée
par un juge, puis, si l'évaluation est positive, une audition
devant un jury. Cependant, le Code criminel dispose que
les personnes condamnées pour plus d'un meurtre ne
peuvent s'en prévaloir.
L'emprisonnement
à durée indéterminée
Le Code criminel prévoit qu'une période de détention
indéterminée pour les " délinquants dangereux ". Une telle
peine peut être imposée au délinquant qui a commis un délit
de nature sexuelle et qui ne démontre aucun contrôle sur
ses pulsions sexuelles. Elle peut également être imposée
au contrevenant qui a été trouvé coupable d'un délit ayant
causé des sévices corporels graves à la victime, et qui
constitue une menace pour la santé physique ou mentale d'autrui.
En pratique, cette peine est la plus grave qui puisse être
prononcée à l'égard d'un accusé. En effet, les personnes
condamnées à cette peine sont moins facilement libérées
que celles qui ont été condamnées à l'emprisonnement à perpétuité.
En cas de détention préventive, la situation de l'accusé
sera réévaluée par la Commission nationale des libérations
conditionnelles, dans un premier temps après les trois premières
années de détention, puis, dans un deuxième temps, à tous
les deux ans. Selon les conclusions de la Commission, le
détenu deviendra ou non éligible à une libération conditionnelle.
Conclusion
Le Canada est le pays occidental dont le taux d'incarcération,
après les États-Unis, est le plus élevé. Contrairement à
l'opinion populaire, le système de justice canadien est
plutôt sévère. La variété des peines disponibles et l'introduction
récente d'une nouvelle sanction intermédiaire qu'est l'emprisonnement
avec sursis devraient permettre aux tribunaux de réduire
le nombre de personnes envoyées chaque année dans les prisons
et les pénitenciers du Québec.
Cette variété de peines permet une pratique bien connue
qui est la négociation de plaidoyer. En effet, un accusé
peut préférer éviter les inconvénients d'un procès ou le
procureur de la Couronne peut préférer ne pas risquer un
procès lorsque sa preuve est plus ou moins solide. Un jeu
de négociations permet alors de trouver une solution rapide
aux dossiers. Plus de 90% des dossiers devant les tribunaux
se soldent par un plaidoyer de culpabilité. Cette négociation
y est pour quelque chose. Or, puisque les Cours sont présentement
débordées en ne gérant qu'environ 10% de tous les dossiers,
la société et le système ont tout à bénéficier de cette
pratique de négociations.
La détermination de la peine est un processus complexe et
un avocat pourra vous conseiller sur les risques qu'entraînent
certaines accusations. Il est préférable de le consulter
avant.
Dernière mise à jour :
15 janvier 2007.
Avis : L'information
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