L'impôt et le décès peuvent-ils faire
bon ménage?
Jean-Pierre
Berger, avocat, fiscaliste
CIME Planification inc.
Contenu
Introduction
Le décès et l'impôt
Le testament
A) Les actifs et les dettes
B) La planification
successorale
Conclusion
Introduction
Le décès d'une personne n'est jamais un événement heureux.
Il est par conséquent important de bien s'y préparer afin
que votre famille, suite à votre décès, ne se retrouve pas
dans une situation économiquement précaire en plus de la tristesse
engendrée par votre départ. La solution idéale, pour éviter
toute situation non souhaitable suite à votre décès, réside
dans la confection et la révision périodique du testament.
Le testament est un document qui s'avère essentiel afin que
vos dernières volontés se réalisent et que le bien-être de
votre famille soit assuré.
Le décès et l'impôt
Le décès entraîne une disposition présumée de tous nos biens
et un impôt peut en résulter. Il arrive fréquemment qu'un
décès non planifié oblige la succession à vendre des actifs
importants afin de payer les impôts. Cette situation peut
être évitée en souscrivant à une police d'assurance-vie égale
à l'impôt payable au décès.
Lorsqu'une personne décède sans testament, le Code civil
du Québec (ci-après le C.c.Q.) prévoit une dévolution prédéterminée
en fonction des héritiers survivants (voir le texte : Je
décède sans testament, qui héritera). Cela ne permet pas,
dans la plupart des cas, de profiter pleinement des allégements
fiscaux prévus dans la Loi de l'impôt sur le revenu et la
Loi sur les impôts du Québec. Par exemple, par l'effet du
C.c.Q., si vous décédez et laissez dans le deuil un conjoint
de fait et deux enfants, n'étant pas marié, l'ensemble de
vos biens sera dévolu à vos enfants. Si vous avez contribué
à des REER, ils seront dévolus entièrement aux enfants sans
possibilité de transfert sans impact fiscal à votre conjoint
de fait.
Le testament
A) Les actifs et les
dettes
Lorsque vous avez plusieurs placements, des immeubles à
revenu et d'autres biens de grande valeur, l'étape préliminaire
de la rédaction de votre testament consiste à inventorier
vos biens et vos dettes, incluant l'impôt latent. Il s'agit
de dresser une liste exhaustive de tous vos biens, peu importe
où ils sont situés, de les évaluer et d'en déduire la somme
de vos dettes et l'impôt latent. En identifiant pour chaque
bien son coût à l'origine, son type fiscal, sa dévolution
et le lieu où il est situé, l'impact fiscal pourra être déterminé.
Le coût du bien est le critère déterminant afin de calculer
la plus-value d'un bien. Le type de bien légué ainsi que le
légataire du bien doivent être connus car certains transferts
au conjoint et aux enfants sans impôt ne pourraient, dans
le cas contraire, être réalisés. Un bien immobilier situé
aux États-Unis entraîne un impôt calculé sur la valeur du
bien tandis qu'au Canada, seule la plus-value acquise par
le bien entre le moment de son achat et le décès de son propriétaire,
est imposée.
Grâce aux calculs précédents, la valeur nette de votre succession
sera connue. Partant de cette valeur, il sera plus facile
d'équilibrer les legs entre les différents héritiers. Il faut
savoir que trois types de legs existent. Le legs à titre particulier
est le legs d'un bien en particulier sans responsabilité à
l'égard des dettes grevant ce bien. Le leg à titre universel
et le leg universel entraînent quant à eux, la responsabilité
à l'égard des dettes grevant le bien. Le legs particulier
d'un bien grevé d'une dette sans stipulation quant à l'obligation
du légataire de prendre en charge cette dette forcera la succession
à acquitter la dette à l'entière exonération du légataire
particulier si les autres actifs permettent de payer l'ensemble
des dettes de la succession.
B) La planification
successorale
La planification dite "successorale" débute avec la confection
de l'inventaire de vos biens actuels, de l'opportunité de
créer une fiducie (voir notre texte La
fiducie : un outil pour minimiser les impôts et plus…),
de la désignation du liquidateur et du fiduciaire qui administreront
les biens, du degré de contrôle que vous désirez conserver
sur les biens qui seront légués à vos héritiers, du choix
d'un tuteur pour vos enfants mineurs si vous décédez sans
conjoint survivant et de toute autre volonté que vous désirez
intégrer à votre testament.
Différents scénarios devront être élaborés en fonction des
personnes toujours vivantes à votre décès afin de minimiser
les impacts fiscaux tout en respectant vos dernières volontés.
Par exemple, vos actifs importants sont une police d'assurance-vie
et des REER. Il est préférable de léguer au conjoint (incluant
les conjoints de fait) les REER puisqu'ils peuvent être transférés
sans impôt au conjoint, tandis que le produit d'assurance-vie
pourra, dans la majorité des cas, être versé sans impôt aux
enfants bénéficiaires.
Dans le contexte où votre conjoint vous pré décède, il est
avantageux de léguer vos REER à vos enfants mineurs à charge
ou handicapés afin d'étaler cette somme sur un certain nombre
d'années. À cause de la progressivité des taux d'impôt, l'impôt
à payer sur un revenu inclus en totalité dans l'année d'imposition
est la plupart du temps supérieur à la somme des impôts à
payer si ce revenu est étalé sur plusieurs années.
Un fractionnement de revenus peut être obtenu en transférant
certains biens générateurs de revenus à une fiducie testamentaire.
Cela aura pour effet de protéger les biens des créanciers
des bénéficiaires de la fiducie. En effet, l'utilisation d'une
fiducie testamentaire permet d'atteindre deux objectifs, soit
de conserver un certain contrôle sur la dévolution de vos
biens après le décès afin d'éviter par exemple la dilapidation
des actifs, et en deuxième lieu, de permettre à vos héritiers
de fractionner les revenus générés par les biens légués en
fiducie entre la fiducie testamentaire et l'héritier. Ce fractionnement
rendra possible des économies d'impôt appréciables qui permettront
à vos héritiers de bénéficier de plus de liquidités. Voir
notre texte La fiducie : un
outil pour minimiser les impôts et plus….
Un "gel successoral" en faveur du conjoint ou des enfants
peut être effectué afin de transférer la plus-value des biens
aux personnes en faveur de qui le gel a été consenti. De cette
manière, une partie de l'impôt qui aurait été payable à votre
décès sera reporté au décès du bénéficiaire du gel.
Conclusion
Il est important de vous assurer que votre testament soit
rédigé en tenant compte de vos autres relations juridiques
tels qu'un contrat de mariage, une convention entre actionnaires
ou autres engagements à long terme. Le testament s'avère un
outil indispensable de protection financière de votre famille
et d'allégement du fardeau fiscal de votre succession.
Dernière mise à jour : 9 décembre 2010
Avis : L'information
présentée ci-dessus est de nature générale et est mise à votre
disposition sans garantie aucune notamment au niveau de son
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être interprétée comme constituant un ou des conseils ou avis
juridiques. Si vous avez besoin de conseils juridiques particuliers,
veuillez consulter un avocat ou un notaire.
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